En voiture s’il vous plaît !

Si vous suivez notre itinéraire, vous avez certainement constaté qu’en Inde, c’est le train que nous utilisons le plus souvent pour nous déplacer. Les distances à parcourir, le mauvais état des routes et surtout leur encombrement par toutes sortes de «véhicules» extrêmement lents nous ont vite poussé vers ce choix. Si vous aviez également mis 10 heures de bus pour parcourir les… 300 km entre la frontière népalaise et Varanasi, vous aussi vous prendriez le train : ce n’est pas forcément beaucoup plus rapide que le bus, mais c’est bien plus confortabe !

Avant d’aller prendre le train, (et après avoir acheté votre billet), vous n’oublierez pas de vérifier qu’il est à l’heure. En effet, il arrive fréquemment qu’un train, même en début de trajet, ait plusieurs heures de retard (le premier train qu’on a pris, de Varanasi à Agra, avait 4 heures de retard au départ et 7 à l’arrivée!) : heureusement, le puissant site Internet des CFF indiens vous informe des retards, souvent des heures à l’avance.

En arrivant à la gare, vous aurez l’impression qu’un grand nombre de personne n’a pas été averti du retard ou de l’annulation de leur train. Les gares sont  généralement bondées, les gens sont assis ou couchés parterre (sur une petite carpette parfois) et semblent vivre ici depuis quelques jours. Pas de zones commerciales sous-terraines… Néanmoins il y a toujours des vendeurs de chaï, de lassis, de cafés et diverses boissons, de fruits, de samossas, de puri, de chips, de bhajis, de pakoras, de biscuits, etc. sur les quais, ainsi que des points d’eau où l’on peut remplir sa bouteille avec de l’eau traitée.

Si vous prenez un train de nuit, il vous faudra trouver une douche (capital dans le Nord où vous avez passé la journée à 43°C). Vous devrez probablement vous contenter d’une «douche» au pichet, soit aux «toilet&bath» publiques (pas vraiment propres, même «selon les standards indiens») ou à celles, plus propres, de la salle d’attente des classes supérieures. Avec un peu de chance, il y aura peut-être un hôtel chic avec une piscine (douche et serviette comprises) à proximité de la gare dont vous pourrez profiter… (prévoir alors un peu plus de temps).

Il ne reste plus qu’à aller récupérer votre bagage à la consigne et… en voiture! Pour peu que les écrans d’affichage soient en cours d’installation ou (déjà) hors service, et si vous n’avez pas encore trouvé l’information sur une des applications ad hoc, vous risquez de devoir traverser le quai à la recherche du bon wagon (et si c’est bad karma, le train ne s’arrête que 3 minutes, le quai est surplein et votre wagon est tout à l’autre bout du quai*).

 

– Pour les trajets courts, ce sera «CC», c’est-à-dire siège numéroté dans un wagon climatisé. L’option «general seating», sans réservation et donc sans place attribuée ressemble à un métro très bondé ou à des wagons à bestiaux, selon votre interprétation de la réalité. Il faut essayer de monter dans le train le plus tôt possible (avant son arrêt) pour espérer avoir une place. On a tenté l’expérience, on s’est retrouvé dans un wagon à moitié vide, il faut dire que c’était dans l’arrière-pays…

– Pour les longs trajets ce sera «2A» ou «3A», soit les wagons couchettes climatisés à deux ou trois étages. L’option couchettes sans clim’ est éliminée premièrement parce qu’il fait beaucoup trop chaud, et deuxièmement parce que l’attribution d’une place par personne reste très théorique, les passagers des sections «general seating» ayant tendance à venir y chercher un peu d’espace…

 

Dans les classes climatisées, il y a un intendant qui passe récupérer vos déchets, et maintient les toilettes (occidentales ou à la turque, à choix) à un niveau de propreté correct «selon les standards indiens». Si vous avez fait trop de miettes en mangeant vos cookies (ou renversé le curry de votre thali sur votre siége), il suffit d’envoyer un sms avec votre n° de siège au service de nettoyage!

Dans les wagons couchettes, en arrivant à votre place, vous trouverez un paquet avec deux draps et un linge (fournis dans les classes supérieures). Selon l’heure à laquelle vous embarquez, vous aurez un peu de temps pour faire connaissance avec vos compagnons de route. En général une famille bien sympathique ou des hommes ; en Inde, les femmes ne voyagent pas seules.

Pas d’inquiétude pour vous sustenter : dans la journée, passage régulier de vendeurs de chaï, de lassis, de cafés et diverses boissons, de fruits, de samossas, de puri, de chips, de bhajis, de pakoras, de biscuits, etc. L’intendant passera également vous demander si vous voulez un repas, offre que vous déclinerez puisque vous avez commandé vos plats en ligne : votre byriani sera livré durant un arrêt en gare directement à votre siège (et vous prenez un byriani ou une autre spécialité locale, parce qu’à la cafét’ de la gare vous avez vu la tête des pizzas de domino’s…).

Petit-déjeuner livré à notre place.

 

Un bon livre, un petit jeu, peut-être un film téléchargé sur votre tablette, la préparation de la suite du voyage et la rédaction d’un nouvel article pour votre site, vous laisseront à peine le temps d’apprécier les paysages… Vous espérez ne pas avoir pris trop de retard durant le trajet – selon notre expérience si le train part à l’heure il respecte à peu près son horaire. Arrivés à destination, il ne reste plus qu’à trouver un tuk tuk pour vous rendre jusqu’à votre hôtel. C’est vrai qu’en général, c’est plutôt le chauffeur dudit tuk tuk qui vous trouve… et là aussi, vous pouvez réserver votre véhicule en ligne via une application – pratique aussi pour vous donner une idée du prix.

En définitive, voyager en train en Inde reflète assez bien ce que l’on a perçu du pays en général : Une densité humaine impressionnante (et parfois un peu étouffante), et des contrastes souvent violents comme quand vous quittez votre compartiment climatisé que vous partagez avec une famille de la classe moyenne et que vous retrouvez sur le quai au milieu d’une foule bigarrée et croisez un cul-de-jatte qui monte les escaliers, ou lorsque vous suivez en temps réel sur internet la progression de votre train décrépit qui roule à une pénible moyenne de 40 km/h.

Tout cela dans un chaos organisé qui fonctionne, finalement, pas trop mal. Bref, malgré la lenteur des trains (et la complexité du système), on a bien aimé !

 

Sans transition… les photos de nos 2 semaines à travers le plateau du Deccan sont là.

* Mais heureusement, vos mantras récités au temple de Vishnu et consorts vous protègent du bad karma, justement…